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Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rouges

 
Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rougesEn tant que couleur noble, le rouge a une place très importante dans l'architecture. Les nobles revêtaient leur porte de rouge ; ainsi, « la porte rouge » est-elle devenue le symbole des familles riches et puissantes. Certains nobles traitaient les pauvres avec dédain et mépris, et les utilisaient pour réaliser toutes les tâches ingrates. Du Fu (712 - 770), grand poète de la dynastie des Tang, a écrit : « Derrière les porles vermillon, viande et vin pourrissent, alors que sur la route, les cadavres gelés raidissent. »

Quelquefois, des nobles laquaient toute leur maison en rouge, excepté le toit ; on appelait alors leur maison « pavillon rouge ». Près de ces pavillons rouges, il y avait toujours des saules aux longues lianes agitées par le vent, qui évoquaient les pensées des romantiques. Dans des poèmes écrits sous les dynasties des Tang et des Song, les belles filles nobles habitaient toujours dans des pavillons rouges, s'appuyant contre une balustrade laquée en rouge, soupirant en pensant à leur amant. S'il pleuvait, en regardant de loin un pavillon rouge, un lettré s'inquiétait que la belle dans son imagination puisse prendre froid, et considérait donc ce pavillon rouge comme très froid. Dans beaucoup de poèmes, le pavillon rouge est toujours placé dans le lointain, ce qui exprime la grande différence entre les origines de l'auteur et celles des personnages du pavillon rouge. Même pour un lettré prometteur, un pavillon rouge était complètement inaccessible. Ainsi, les poètes ne faisaient-ils qu'imaginer l'intérieur du pavillon rouge. Ils pouvaient seulement détailler avec véracité les pavillons verts, il n'y a qu'une nuance entre le rouge et le vert, mais en Chine, à cette époque, la différence était aussi grande que celle entre le ciel et la terre. Les filles des pavillons verts devaient être belles et posséder de multiples talents, c'était l’exigence de leur profession: elles étaient le plus souvent chanteuses ou filles de joie, ce qui leur occasionnait une considération moins importante

 
 Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rouges
Dans la Chine antique, les chandelles, symbole du Bonheur, étaient allumées dans la chambre nuptiale impériale comme dans celle des roturiers.
Parmi leurs clients, beaucoup étaient des poètes ou des peintres, qui s'inspiraient pour leurs créations des confidences de ces femmes. Du Mu (S03 - 852), grand poète de la dynastie des Tang, Liu Yong ( 1053 environ), célèbre poète de la dynastie des Song. Tang Bohu (1470 - 1523), grand peintre et poète de la dynastie des Ming étaient tous des habitués des pavillons verts. Grâce aux visites de leurs amis intimes, les filles des pavillons verts étaient plus heureuses que celles des pavillons rouges, qui vivaient dans un isolement total. Sous la dynastie des Qing. Cao Xueqin (1715 environ - 1763), grand écrivain noble, a écrit un roman intitulé Le Rêve dans le Pavillon rouge. Il y raconte l'histoire de filles nobles vivant dans un pavillon rouge, qui sont intelligentes, mais mènent une existence malheureuse et sont peu connues des gens du peuple. Dans la Chine ancienne, seuls les murs des palais impériaux et des temples pouvaient être laqués en rouge. Les saules et les murs rouges montraient la souveraineté impériale ; un coin de mur rouge parmi des vieux pins et des cyprès symbolisait l'entrée du monde bouddhique et du monde taoïste, personne d'autre ne pouvait se permettre cela dans la construction de sa maison. Sous la dynastie des Ming. les fonctionnaires, d'après leur rang, pouvaient laquer leurs portes, leurs fenêtres, et leurs poutres de couleur or, vert émeraude. noire, kaki, verte, rose; la famille impériale se gardait la couleur rouge. Ainsi, dans l'architecture chinoise, les palais et les temples sont principalement laqués en vermillon. Ces constructions sont facilement repérables à Pékin de par leur couleur. Les palais et les temples les plus importants des trois dynasties des Yuan, des Ming et des Qing se situent tous dans la ville de Beijing.

Beijing était appelé Dadu sous la dynastie des Yuan (1271 -1368). Selon les récits de Marco Polo (1254 - 1324), l’explorateur Italien, qui s'est rendu à Beijing à cette époque-là, le palais impérial était le plus grand palais du monde, 6 000 personnes y vivaient. Ses toits étaient de toutes les couleurs, « vermillon, jaune, vert, bleu, ainsi que d'autres couleurs qui s'harmonisent parfaitement avec les vernis de couleur, raffinés comme du cristal, ce qui fait briller le palais de mille feux. » On peut constater que parmi toutes ces couleurs, Marco Polo cite en premier le vermillon ; c'est probablement dû à l'intensité de cette couleur, et c'est aussi celle qui est la plus visible et la plus utilisé dans le palais. Après la prise de Dadu par les ennemis des Ming, Zhu Yuanzhang (1328 - 1398), l'empereur Hongwu des Ming, au début de son règne, envoya Xiao Xun, un fonctionnaire du Ministère de la Construction, étudier le palais de la dynastie des Yuan ; les études de Xiao Xun sont donc les plus fiables et les plus détaillées. Selon cette source, sous la dynastie des Yuan, les colonnes de la grande salle où avaient lieu les cérémonies de couronnement, du Nouvel An et d'anniversaire de l'empereur étaient rouges, recouvertes d'or et sculptées de dessins de dragon ; il y avait aussi des fenêtres rouges sculptées sur chaque mur. Les balustrades et les marches en marbre étaient peintes en rouge et les toits en or.
 
 
 
 Des saules et des murs rouges, des portes rouges et des pavillons rouges
Porte rouge dans la cité interdite
Les palais des dynasties des Ming et des Qing conservèrent cette tradition. La Cité interdite, qui fait partie du patrimoine culturel mondial, est le palais impérial le mieux conservé. Après l'arrivée des Mandchous sur le trône, ils ne firent que réparer et améliorer toute l'architecture du palais. Les couleurs dominantes étaient le rouge et le jaune, les grands toits d'une courbure raffinée tendant vers le ciel étaient jaune d'or, et les murs, les portes, les fenêtres, les colonnes et les poutres étaient rouges et recouverts d'or ; des motifs de bonheur étaient peints en vert, violet et bleu sur les avant-toits. Ce grand palais paisible forme un rectangle avec son enceinte rouge ; de nos jours ses murs ont viré au rouge brun. La porte Tian'anmen devant le Palais impérial, le Temple de Confucius et le Temple des Lamas non loin du palais, sont tous des constructions classiques dont les couleurs dominantes sont le rouge et le jaune d'or. Leurs colonnes vermillon et or sculptées, forment un tableau magnifique parmi les arbres verts.

Comme nous l'avons noté, le rouge a toujours été dominant dans l'architecture chinoise. En général, le rouge n'était pas utilisé pour les toits, à la différence de l'Occident. La seule exception est le temple Ri tan (le Temple du Soleil), un lieu où l'on offrait des sacrifices au dieu du Soleil ; le toit de sa grande salle est couvert de tuiles vernissées de rouge, pour la même raison que la grande salle du Temple du Ciel est vernie en bleu, parce que le soleil est rouge et le ciel est bleu. En dehors des autels du dieu du Soleil et du dieu du Ciel, on ne peut trouver aucun toit rouge ou bleu dans r architecture de la Chine ancienne. Les pierres précieuses offertes au dieu du Ciel et au dieu du Soleil étaient respectivement bleues et rouges. Les dieux de la Terre et de la Lune étaient aussi vénérés de cette façon.
 
 

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